Non je ne suis pas un animal !
Posté par jcdardart le 29 avr 2008 dans Cogito, Sélection • 3 commentaires« L’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est »
Albert Camus in l’homme révolté

La réplique devenu culte « non, je ne suis pas un animal, je suis un être humain, humain » de John Merrick dans Éléphant man a de quoi intérroger. En effet, là se pose une problématique forte passionnante. Celle de savoir, à quoi tient notre humanité ? Une longue tradition tend à nous en distinguer et à definir notre propre nature d’humain par rapport au reste. La réplique citée du célèbre film de David Lynch pourrait être dite par nous tous : si l’on n’en était aussi sûr, pourquoi donc autant insister ? Par ailleurs pourquoi définir l’humain par ce qu’il n’est pas ? Pour autant sommes-nous de simple animaux ou bien aussi autre chose qu’on appelle humanité ? Beaucoup de questions, mais qu’en est-il des réponses possibles ?
La piste que je propose de suivre ici à la question « qu’est-ce que l’homme par rapport au reste ? », s’appuie sur cette phrase très fine de Camus: « L’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est ». Ceci mérite commentaire.
En effet, ce n’est pas tant que l’homme nie son animalité qui retient mon intention mais le fait que l’homme se définie dans sa distinction d’avec l’animal. Autrement dit, est humain ce qui se dit comme non animal. On se définie dans une séparation, un déni. On est humain car on s’auto-proclame comme non animal. Autrement dit, par une opération langagière des plus particulière on se définie par une exclusion du règne animal. Même lorsqu’on dit que l’homme est un animal, souvent l’on précise qu’on est soit plus évolué, soit le plus démunie ou en encore le plus évolué car le plus diminue : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. » disait Pascal ( in Pensées) . Mais qu’est-ce qui nous assure de notre humanité si ce n’est par le fait de se dire comme tel. Ainsi, notre sentiment d’être des humains ne passent que par le langage : on se dit humain, on se dit non-animal. Alors que la science ne fait que nous rappeler notre proximité avec le monde animal. Suffit-il de dire tout simplement pour que se soit le cas ?
Il serait absurde de dire que oui. Et pourtant …
En fait ce qui doit nous intéresser n’est pas tant de savoir si nous sommes effectivement des animaux puisque de toute façon nous le sommes, que de se demander pourquoi il y a cette forte tendance chez l’homme de se dire homme en tant que non animal. C’est comme si nous ne pouvions être humain qu’à condition de dénier ou atténuer notre animalité.
Ceci est d’autant plus étonnant que dans les mythes notre descendance et notre appartenance au monde animal ne pose pas problème. L’homme en évoluant réfute ses origines, il y a là une angoisse, une attaque contre notre narcissisme. D’un autre point de vue, on peut se demander quelle obstacle identitaire, rencontrons nous, lorsqu’on se demande comment nous sommes devenus des humains ? A quoi ça tient ? Où est le chaînon manquant ?
Il y a là une énigme :
- Qui sommes-nous ?
- Nous sommes des humains.
- Qu’est-ce qu’un humain?
- C’est un non animal ou un pas tout à fait animal ou plus précisément un plus tout à fait animal.
Cette dénégation ne porte pas seulement sur l’animal mais aussi sur ce qu’on appelle l’artificiel qui est un objet de culture. Or la culture c’est un point qui nous caractérise au point que certains comme Claude Levi-Strauss firent du passage de la nature à la culture un enjeu pour comprendre l’homme ( in Les élémentaires de la pensées).
L’homme n’est ni animal (en tout cas un “pas que” ce qui revient à s’exclure de ce règne de manière atténué) ni une machine. Cependant plus nous nous définissons, plus nous nous référons à ces deux champs. Dans Nous n’avons jamais été humains. Le néotène, les chimères et les robots, Marika Moisseff (Merci Yann pour cette ref), écrit :
“(…) plus la science s’évertue à spécifier ce qu’il en est de la nature humaine, plus elle tend à la rattacher de façon alternative ou conjointement, d’une part, au préhumain – la filiation aux espèces qui nous ont précédés via l’ADN –, d’autre part, au posthumain renvoyant d’un côté à un processus analogue au précédent – apparition d’une nouvelle espèce à partir de l’humain via l’expression de gènes jusque-là dormants ou mutants –, de l’autre au cyborg, homme-machine dont l’émergence résulterait des recherches sur l’intelligence et la vie artificielles combinées à la biogénétique. ”
Ainsi, les recherches sur la biogénétique et l’intelligence artificielle, sont les versions modernes d’un questionnement plus ancien, celui du passage de la nature à la culture, car l’homme est au nouage des deux.
C’est pour cela que les travaux de Searles sur le non humain (l’environnement non humain) sont précieux. Selon lui, nous mettons dans le non humain ce qui nous rappelle une familiarité avec le non vivant et les animaux. Ainsi ce qui nous est si familier est considéré comme étranger et non familier. C’est ce que Freud dénommait du terme de unheimlich, traduit maladroitement par inquiétante étrangeté.
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Ressources creative commons:
- Eye par pfly
- Simplexity par K.
- Cat face par arquera
- Chat-homme par jcdardart
- Homme-chat par jcdardart


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