Les technologies du corps

Posté par jcdardart le 8 mai 2008 dans D'ailleurs, Sélection6 commentaires

Texte de Yann Leroux dans http://www.digiborigenes.fr/

AEC, l’IJBA, Le Monde et Sud-Ouest organisent régulièrement à Bordeaux des débats sur les mondes numériques. Celui d’hier portait sur les technologies du corps

Les invités éaient Jean-Gabriel Ganascia et Paul Benkninoum, respectivement professeur en intelligence articificielle, et médecin journaliste. Claudia Courtois, également journaliste au journal Le Monde était éxcusée. Le débat était animé par Laurent-Pierre Gilliard

La question est celle des rapports de chôme à la machine, et à ses machines. Le débat a croisé les figures habituelles : du lointain golem aux exosquelettes qui sont en phase de test dans les laboratoires, des automates de Descartes aux prothèses modernes.

Voilà donc que le cyborg, l’organisme cybernétique, se profile et insiste à l’horizon de notre culture et de notre demain. Mi-homme, mi-machine, à la fois hybride dans sa composition et 100% humain. Certains, se réclamant du courant transhumaniste, en appellent déjà à un au-delà de la condition humaine.

Si l’on garde à l’esprit la thèse de Leroi-Gourhan (1) - l’utilisation de l’outil conduit l’anthropoïde à une posture de plus en plus verticale; la colonne vertébrale se tend, et libère de la place dans la boîte crânienne; le cerveau se développe; le larynx se dégage, rendant possible la parole articulée - la technique est co-substancielle à l’homme. De ce point de vue, il ne saurait y avait un dépassement l’humain par les outils ou par les machines. Nous sommes ce que nous machinons. Nous sommes ce que les outils nous machinent. L’anthropologue Marika Moisseff le dit dans un très beau texte : Nous n’avons jamais été humains….

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Tags:corps, cyborg, exosquellette, prothèse, Robotique

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6 commentaires

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  1. Une vision très caricaturale de la robotique et de l’intelligence artificielle. Comme j’en faisais part dans un article récent, de même dans un article sur Psychoweb.fr, deux courants s’organisent autours de l’intelligence artificielle - que l’on retrouvent notamment dans la robotique : ceux qui utilisent et perfectionnent la machine en tant qu’outil, et ceux qui jouent à transformer la machine en la calquant sur le modèle humain, ou en tentant d’améliorer ces capacités. Rappelons tout de même que a cybernétique ne concerne pas seulement ces technologies du corps, qui feront long feu. L’exosquelette et les réalités augmentées sont en eux même une preuve d’une certaine l’inefficacité de l’approche consistant à calquer la machine au corps humain. Par exemple, dans des tâches spécifiques comme l’exploration martienne ou la recherche de survivants lors d’éboulement, des robots multi-roues ou des rats-cyborgs se prêtent davantage à l’avancement de la technique.

    Plus précisément dans le domaine du cyborg humain, le transhumanisme et ses adeptes me font doucement sourire. Y’aura-t-il réellement une espèce nouvelle? ou quelque chose qui y ressemble? un fossé inter-espèce entre l’homo sapiens sapiens et l’homo cyberneticus? Probablement pas plus qu’entre l’homo sapiens sapiens et l’homo “Internetus” ^^. Ce ne sont là que des techniques, qui potentialise le pouvoir du sapiens, mais ne le modifie que dans les capacités et non la structure fondamentale, ce que des techniques comme les thérapies géniques ou les nanotechnologie sont plus susceptibles de réaliser.

    Il ne saurait dès lors, effectivement, y avoir dépassement de l’humain par la machine si l’on persiste à vouloir copier cet humain!

    Cela dit, il est semble-t-il tout à fait vrai que la machine façonne d’une manière ou d’une autre son homme, un exemple simle, celui des joysticks et des portables, suffit à le montrer. En l’espace d’une génération, l’espèce humaine en est venu à se servir du pouce beaucoup plus que de l’index! Ce phénomène fera l’objet d’un article, rassurez-vous! ;)

  2. En tout cas leroi-gourhan semble aller dans ton sens : “la technique est co-substancielle à l’homme. De ce point de vue, il ne saurait y avait un dépassement l’humain par les outils ou par les machines. Nous sommes ce que nous machinons. Nous sommes ce que les outils nous machinent.”

  3. En fait, si l’on suit le principe consistant à croire que l’homme est la “machine naturelle” la plus évoluée, on s’enferme dans cette vision consistant à copier ou améliorer les capacités humaines sans prendre la peine d’exercer une réflexion sur la structure fondamentale qui permettrait d’améliorer la technique et la machine. On s’empêche par exemple, dans le cas de l’audition, de réfléchir à de nouvelles méthodes de perception des sons. on se contente de reconstruire des implants cochléaires, réparer le nerf auditif… Alors qu’on pourrait seulement par exemple, tenter de fusionner le cerveau à un nouveau mode d’audition, une machine qui serait capable d’étendre sa perception à l’ensemble du spectre sonore, de convertir cette perception en signaux électriques interprétable/intégrable par le cerveau. Techniquement, nous sommes dors et déjà capable de créer l’appareillage qui permettra à l’homme d’entendre les dauphins, les chauve-souris ou les baleines. La technique est co-substancielle à l’homme parce que celui-ci ne souhaite visiblement pas dépasser ses limites outre mesure.

    Qui plus est, cette vision amène inévitablement à considérer la réalité comme augmentée plutôt que totalement différente, ce qui serait nettement plus à notre avantage, du moins, à l’avantage de l’évolution de cette technique. Cela traduit peut être également la peur de l’homme de perdre contrôle sur ce qu’il construit ;)

  4. je suis d’accord avec ça surtout la fin. ;)

    sinon y a pas moyen faut faire un article de tous ça. allez hop ;)

  5. Reprenons plutôt Marcel Mauss, dans son article les “techniques du corps”. La façon dont on s’en sert est avant tout socialement défini. De même pour la technologie qui n’a ni de sens, ni d’utilité, de rhétorique propre.

    Pour l’idée de la co-substantialité de la techno à l’homme, les Japonais ont développé cette conception depuis longtemps, (voir Augustin Berque), la techno est naturalisée, voire même naturelle, il n’y a pas d’opposition. Si en Occident on on oppose technique et nature, faut chercher du côté du catholicisme et de sa tentative d’arraisonnement du monde par l’homme, l’exemple type étant les jardins classiques français. Une conception donc plus proche de technique comme culture voire acculturation!

  6. Bonjour Olivier,

    En effet, l’opposition technique/nature qu’on peut inclure dans le volet culture/nature, est un questionnement très occidentale qui sous tend l’idée d’une séparation radicale d’avec la nature avec l’idée que l’homme c’est de la nature plus une autre chose qui définirait notre humanité. La nature humaine serait pas de l’ordre de la nature du coup : paradoxal. Le monde à notre mesure et non pas l’inverse.

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